Dernière modification le 12-06-2013

 

Estelle VereeckDocteur en chirurgie-dentaire, auteur d'ouvrages sur les dents parus aux éditions Luigi Castelli 

 D'après une étude de l'Inserm qui vient d'être publiée dans l'American Journal of Pathology, une exposition précoce au bisphénol A (BPA) pourrait altérer l'émail des dents en cours de formation. 

Bisphénol A : dangereux pour les dents

Conduite chez le rat, cette étude montre qu'une dose journalière de 5 microgrammes par kg et par jour (dose de référence fixée par l'EFSA) est suffisante pour perturber la formation de l'émail dentaire. La dose journalière admissible fixée par l'EFSA (Agence européenne) est de 0,05 milligramme par jour et par kilo de masse corporelle serait donc trop élevée pour les femmes enceintes et les très jeunes enfants.
Ces travaux montrent en outre qu'il existe une fenêtre de sensibilité à l'exposition au bisphénol A. En effet, l'impact sur l'émail dentaire s'observe durant une période d'exposition limitée à 30 jours après la naissance.

Bisphénol A et MIH

D'après les chercheurs de l'Inserm, ces résultats peuvent être extrapolés chez l'être humain et pourraient expliquer une altération de l'émail dentaire d'origine encore obscure et connue sous le nom de MIH ou Molars Incisors Hypomineralization, qu'on peut traduire en français par hypominéralisation molaires incisives.

Hypominéralisation molaires incisives

Le MIH affecterait 18% des enfants de 6 à 8 ans. Décrite depuis 1974, cette pathologie est en progression constante. Elle se traduit par la présence de tâches blanches à jaune-brun sur une ou plusieurs premières molaires adultes (photo), parfois associées à des lésions identiques des incisives permanentes. Très fragile, l'émail de ces dents est rapidement éliminé par la mastication et les attaques acides. Privée de toute ou partie de sa couche protectrice d'émail, la (ou les) dent devient douloureuse et hypersensible au chaud et au froid, ainsi qu'au sucré et se carie souvent rapidement.
Si plusieurs hypothèses ont été jusqu'ici évoquées pour expliquer l'origine de cette pathologie de l'émail dentaire (intoxication à la dioxine au travers de l'allaitement prolongé, changements environnementaux, maladies de la petites enfance touchant la sphère ORL...), les chercheurs de l'Inserm s'orientent aujourd'hui vers une intoxication au bisphénol A durant les premières années de la vie.
"Dans la mesure où le BPA aurait le même mécanisme d'action chez le rat et chez l'homme, il pourrait être un agent causal du MIH", explique Sylvie Babajko, directrice de recherche à l'Inserm et co-auteure de l'étude.

 

Les dents, marqueurs de l'exposition au bisphénol A

Les chercheurs ont l'intention d'utiliser le MIH comme un marqueur de l'exposition précoce au bisphénol A ainsi qu'aux autres perturbateurs endocriniens agissant comme lui, permettant ainsi de dépister des pathologies lourdes apparaissant plusieurs années après.
Ainsi, pour les enfants atteints, le préjudice est double : de mauvaises dents et le risque d'être atteint adultes de problèmes de santé graves. Si les effets du bisphénol A sont aujourd'hui démontrés chez les animaux (effets néfastes sur la reproduction, le développement et le métabolisme d'animaux de laboratoire), ils sont fortement suspectés chez l'humain d'être impliqués dans la baisse de la fertilité féminine, la genèse du diabète de type 2 et de troubles cardio-vasculaires chez les hommes.

 

Bisphénol A, omniprésent

Le bisphénol A qui entre dans la composition de plastiques et de résines, est omniprésent dans notre environnement : récipients alimentaires tels que les bouteilles et biberons, films de protection à l'intérieur des canettes et des boîtes de conserves, tickets de caisse, reçus de carte bancaire… sans oublier les résines dentaires.
Selon le rapport de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail,  (Anses) rendu le 9 avril, la première source d'exposition est alimentaire (84%) : boîtes de conserves, eaux en bonbonne, certains produits carnés…
Concernant l'exposition au bisphénol A des résines dentaires ou composites, employés comme matériau alternatif à l'amalgame dentaire (davantage toxique car composé pour moitié de mercure), aucune étude n'existe actuellement à notre connaissance.

En savoir plus  : Bisphénol A dans les résines dentaires composites


NB : les biberons contenant du bisphénol A sont interdits depuis janvier 2011 en Europe. Pour la France, à partir de juillet 2015, cette interdiction s'étendra à tous les contenants alimentaires.

 

Source : Inserm.fr


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