Dernière modification le 01-07-2008

Par Estelle Vereeck, Docteur en chirurgie-dentaire, auteur d'ouvrages sur les dents

Réflexion sur les enjeux qui président à

l'avenir du mercure en dentisterie


C'est une première mondiale: la Norvège interdit tout produit contenant du mercure à compter du premier janvier 2008.

La nouvelle suscite un immense espoir chez tous ceux qui espèrent voir un jour le plombage au mercure banni de la dentisterie.

La controverse sur la toxicité de l'amalgame dentaire au mercure n'est pas neuve et de nombreuses associations se battent depuis des décennies pour faire reconnaître le mercure comme un toxique majeur, responsable de nombreux désordres de santé chez les porteurs de plombages.


Le plomb a précédé le mercure

Peu le savent, mais fut un temps où on employait du plomb véritable pour obturer les dents, d'où le terme plombage, passé aujourd'hui dans le langage courant. C'est ainsi que le plomb, en dépit de sa toxicité avérée, fut utilisé pendant des siècles comme alternative bon marché au procédé d'aurification, infiniment plus coûteux et plus complexe à réaliser. Découverte par le chimiste anglais Bell en 1819, puis par le français Taveau en 1826, la "pâte d'argent", composée pour moitié de mercure, va rapidement supplanter les autres matériaux d'obturation, dont le plomb. Mais si le plombage succède à l'âge du plomb, ce n'est pas pour des raisons de meilleure tolérance mais parce que ce nouveau moyen d'obturation représente une alternative bon marché et infiniment plus facile d'emploi que tous les autres matériaux existant à l'époque. Le plombage au mercure se travaille si aisément qu'il n'exige aucune connaissance spéciale. Au point que deux aventuriers, les frères Crowcours, qui n'ont aucune formation médicale, s'improvisent dentistes et popularisent son emploi aux États-Unis dès les années 1830.


Un matériau sans équivalent

Aujourd'hui, c'est cette extraordinaire facilité d'emploi, couplée à un rapport qualité/prix sans équivalent, qui vaut au plombage d'être toujours employé en dépit de sa toxicité, controversée pour les uns, avérée pour les autres. L'histoire montre que les raisons économiques passent avant les raisons médicales. Obturerait-on toujours les dents avec du plomb si l'amalgame n'avait pas été découvert ? On peut se poser la question. Car ce n'est pas la prise de conscience de la toxicité du plomb qui a motivé son abandon mais la découverte d'un matériau plus pratique et, par chance, un peu moins toxique. Aujourd'hui, on peut craindre que le plombage continue d'être utilisé aussi longtemps qu'un matériau au moins aussi pratique, bon marché et si possible mieux toléré, n'aura pas été découvert. Aussi longtemps que ce matériau de remplacement n'existera pas, il est à craindre que les instances officielles continuent de défendre le plombage, en dépit des plaintes et des travaux scientifiques, du moins tant que la logique économique prévaudra.


Enjeux économiques

Or ce matériau idéal n'existe pas encore. Les seules alternatives au plombage sont les composites ou résines et les inlays*, obturations plus coûteuses, plus difficiles à manipuler et plus longues à poser. À titre d'exemple, il faut deux fois plus de temps (au minimum) pour poser un composite par rapport à un amalgame, pour une rémunération (théoriquement) la même. Dans ces conditions, c'est la rentabilité du cabinet qui est en jeu. D'où la réticence de la profession et des pouvoirs public à abandonner le plombage en dépit des risques sanitaires liés, entre autres, à la présence de mercure. Quels que soient les pays qui défendent l'usage du plombage (États-Unis, Canada, France, etc.), les autorités sanitaires estiment que "les risques associés à l'utilisation de l'amalgame dentaire sont limités, alors que les bénéfices pour les patients sont notoirement importants". Autrement dit, un patient peut courir le risque (qu'on estime limité) de s'empoisonner car il bénéficie d'une solution thérapeutique à la fois solide et bon marché, remboursée par le système de soins. Le bénéfice économique réalisé, tant pour le patient que pour la collectivité, vaut qu'on soit peu regardant sur la biocompatibilité. Le bénéfice n'existe cependant qu'à court terme puisque sur la durée les nombreuses maladies causées par l'empoisonnement chronique (maladie d'Alzheimer, cancer, syndrome de fatigue chronique, maladies auto-immunes, etc.) vont en réalité coûter beaucoup plus cher à la collectivité en terme d'arrêt de travail et de remboursement de soins.


Une lueur d'espoir ?

Pourtant, la décision de la Norvège pourrait bien être le signe d'un changement profond dans les consciences et les mentalités. Pour la première fois, ce sont les arguments écologiques qui l'ont emportés. "Le mercure est parmi les polluants les plus dangereux. De bonnes alternatives au mercure existent déjà et il est donc approprié de mettre en place cette interdiction" a déclaré le ministre norvégien de l'Environnement dans un communiqué. La Norvège envoie à l'Union Européenne et au monde un message clair: la santé des individus et la sauvegarde de la planète passe avant le budget de la sécurité sociale. Sommes-nous prêts à faire des choix respectueux de nous-même et de l'environnement plutôt que de notre porte-monnaie ?
L'exemple de la Norvège permet de l'espérer et de croire en la disparition prochaine de l'amalgame. Et pourtant, rien n'est moins sûr. La France compte bien faire pression sur la Commission européenne et mi-janvier, un comité scientifique européen publiait un rapport affirmant l'innocuité de l'amalgame dentaire. De leur côté, les États-Unis, par la voix de la FDA (Food ans Drugs Administration) reconnaissent la toxicité de l'amalgame dentaire et envisagent de restreindre son emploi.

* Un inlay est une restauration en métal coulé ou en céramique réalisé par le prothésiste à partir d'une empreinte réalisée par le dentiste. Cette réalisation prothétique n'est remboursée par la sécurité sociale française qu'à hauteur d'un soin de base (plombage), soit ridiculement peu par rapport au coût des travaux.

Attention : la dépose des plombages ne doit jamais se faire de manière intempestive mais avec précautions.

Des extraits des rubriques Plombage, Plombage-dangers et Plombage-dépose peuvent être consultés sur le site des éditions Luigi Castelli.


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Tag(s) : #PLOMBAGES au mercure

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