Estelle Vereeck, Docteur en chirurgie-dentaire, ayant cessé d'exercer pour se consacrer à l'écriture d'ouvrages sur les dents parus aux éditions Luigi Castelli

Extraction des dents de sagesse : une adolescente décède après l'opération

Les faits se sont produits à Minneapolis, ville du Minnesota. Une adolescente de 17 ans a été victime d'une crise cardiaque lors d'une "banale" extraction des dents de sagesse. L'opération était presque terminée quand la jeune fille a fait un arrêt cardiaque. Son poul ne battait plus. Après une tentative infructueuse de la réanimer, l'ado a été transportée à l'hôpital. Son poul s'est remis à battre. Mais la jeune fille toujours inconsciente a fait attaque cardiaque sur attaque. L'ado décède trois jours après l'opération suite à un oedème cérébral (son cerveau avait gonflé de manière dramatique).

Pour expliquer son décès, les médecins ont invoqué une possible malformation cardiaque passée inaperçue.

Attention au vasoconstricteur

Le vasoconstricteur (adrénaline) contenu dans l'anesthésique peut être mal toléré par certaines personnes. En cas de surdosage, ce produit peut provoquer un arrât cardiaque. Dans les cas d'intervention à fort risque de saignement, comme l'extraction des dents de sagesse, le dentiste utilise un anesthésique plus fortement dosé en adrénaline car celle-ci a un effet vasoconstricteur qui limite le saignement. Si l'anesthésie ne "prend pas" ou si le patient saigne trop (ce qui se produit d'autant plus que le patient stresse), le dentiste est amené à réinjecter de l'anesthésique et donc du vasoconstricteur. L'adrénaline "exogène" ainsi injectée vient s'ajouter à l'adrénaline endogène produite par les glandes surrénales du patient (réaction physiologique due au stress). L'excès d'adrénaline cumulée est-elle responsable du décès de cette ado ? C'est possible. En réduisant sans médicament le saignement, l'hypnose dentaire peut être une aide appréciable chez les patients les plus stressés.

Une "simple extraction", ça n'existe pas.

Plus proche de nous, en France, on se souvient du décès, il y a quelques années, d'une fillette à Aix en Provence, sur le fauteuil du dentiste où elle subissait, elle aussi, une "banale extraction". Ces cas dramatiques, et heureusement rares, nous rappellent qu'il n'y a pas de petite chirurgie. Tout acte chirurgical comporte des risques : cardiaques, hémorragiques..., sans parler du stress qui est toujours un facteur d'amplification, sinon le facteur déclenchant. Il y a aussi les problèmes potentiels liés à l'anesthésie qui peut être mal supportée et ceci du jour au lendemain, indépendamment du problème lié au vasoconstricteur. Il y a aussi des personnes porteuses de troubles de la coagulation sanguine non diagnostiqués jusque-là et qui peuvent causer une hémorragie massive. Pour prévenir ces problèmes, le dentiste doit procéder à un interrogatoire approfondi du patient avant toute extraction. Au moindre doute, il doit faire procéder à des examens biologiques (numération formule sanguine, temps de saignement, etc.) afin d'explorer l'hémostase, c'est à dire la capacité du patient à coaguler normalement. Ces précautions élémentaires sont indispensables et permettent parfois d'éviter le pire.

Enfin, ces cas nous rappellent qu'une extraction, acte invasif qui crée une brèche dans l'intégrité du corps, doit être soigneusement évaluée avant de poser son indication. On pense ici particulièrement aux extractions orthodontiques trop facilement prescrites et dont beaucoup pourraient être évitées par un traitement précoce adéquat* (mais c'est un autre sujet...).

* Lire à ce sujet : Orthodontie, halte au massacre

 

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