sans dents
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Estelle Vereeck, Docteur en chirurgie-dentaire, ayant cessé d'exercer pour se consacrer à l'écriture d'ouvrages sur les dents parus aux éditions Luigi Castelli

Depuis cette rentrée, le budget (2,3 millions d’euros) consacré à la prévention bucco-dentaire en milieu scolaire vient d’être supprimé. Sur les 250 000 enfants qui pouvaient bénéficier de cette mesure (concrètement des rendez-vous réguliers aux âges les plus exposés au risque carieux : 6, 9, 12, 15 et 18 ans avec prise en charge d'une visite d'examen bucco-dentaire et des soins consécutifs à 100 %), il n’en restera plus que 20 000, au terme de cette réduction drastique. Seuls les enfants issus des zones les plus défavorisées restent concernés par ces actions de promotion de santé bucco-dentaires. Officiellement, la CPAM recentre son action sur les zones les plus défavorisées « car c’est là qu’elles sont le plus utiles ».

Et les autres, madame la ministre ?

Faire des économies aux dépens de la prévention bucco-dentaire était la dernière chose à faire et on se demande dans quel cerveau d’énarque obtus et nanti (ses enfants à lui ne seront certainement pas des « sans dents ») cette idée stupide et inconséquente a pu germer. Mais quel est ce système qui sacrifie la prévention à une soit-disant politique d’austérité (austérité pour qui ? Toujours les mêmes, hélas) ? On marche sur la tête. Comme peut-on faire preuve d’inconscience à ce point ?

La prévention d’aujourd’hui fait les économies de demain.

Une micro-carie dépistée et soignée à l’âge de 6 ans, c’est une dent qui ne sera pas dévitalisée à 12, puis couronnée à 20, pour finir avec un implant à 40. Renoncer à la prévention est une régression majeure, c’est souscrire à l’assurance carie, fabriquer à coup sûr dès aujourd’hui les sans dents de demain. Mais la sécu s’en moque bien.  Une dent extraite, c’est une dent qui ne coûtera plus rien. Comme la sécu ne rembourse aucun des dispositifs qui permettraient de remplacer l’absente, c’est tout bénéfice. Voilà pourquoi le système a intérêt, au final, à fabriquer des « sens dents ».

Le peuple des sans dents

Le peuple perd ses dents. Et alors ? Sont-ils bien nécessaires ces petits bouts d’ivoire qui sont si coûteux à réparer ? Il semble bien, hélas, que pour la sécu, championne de la courte vue et des raisonnements à la petite semaine, qui ne voit pas plus loin que le bout de son déficit, garder ses dents soit un luxe superflu. C’est dire en quel mépris nos élites gouvernantes tiennent l’organe dentaire, encore et toujours ravalé au rang d’accessoire, pour ne pas dire de superflu. A l’ère du tout mixé et de la malbouffe molle et insipide du Mac Do, en quoi les dents seraient-elles encore nécessaires ?

Et pourtant, que d’ignorance et de mépris de l’humain, derrière cette mesure prise par un énarque bien nourri dans la panique de parvenir à gratter quelques sous.

La sécu aux sans dents : « ils n’ont pas de dents ? Qu’ils mangent de la purée ! ».

Une réponse cynique digne de celle prêtée à Marie-Antoinette au peuple affamé : « ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche ». On sait ce qu’il est advenu de la reine.  L’énarque cynique qui a décidé cette mesure, ne sait évidemment pas que les dents sont loin d’être seulement de petites meules broyeuses. Sans même parler du sourire associé à la confiance en soi à la vie sociale (les sans dents y ont-ils droit ?), les dents sont indispensables à l’équilibre postural. Les sportifs l’ont bien compris et Carl Lewis fut le premier à porter des gouttières interposées entre ses dents pour améliorer ses performances.

Sans dents : le dos trinque aussi

Lorsqu’il manque des dents, les mâchoires s’affaissent et le dos s’en ressent : lombalgies, sciatiques et autres dorsalgies chroniques apparaissent. C’est ainsi que la sécu rembourse à perte des séances de kiné qui ne règlent rien car le problème est ailleurs. Voilà comment la molaire qu’on aurait pu traiter à moindre frais au stade de carie débutante engendre par son absence des maux de dos qui coûtent infiniment plus cher à la sécu qu’un simple soin dentaire. Mais cela l’énarque obtus qui a décidé de sucrer la prévention bucco-dentaire des sans dents, l’ignore et, pour tout dire, s’en fout. On lui a demandé de couper, il coupe en taillant dans le vif de ce qui lui semble le moins important. Mais il se trompe complètement car les économies dans tout cela ? Niet, rien, nada, aucune économie à l’horizon. Le trou béant laissé par les dents extraites agrandit encore celui de la sécu.

Tant qu’on ne se donnera pas les moyens d’une véritable politique de prévention bucco-dentaire, on ne pourra pas, à terme, espérer réduire le déficit de l’assurance maladie.

Tag(s) : #Coup de gueule

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